Pepe, le Joker du Clasico

Publié le décembre 9,

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Présenté comme le grand méchant de l’équipe des méchants, le personnage Pepe a donné une dimension extraordinaire aux derniers Clasicos. Alors qu’en France, on se demande souvent si ce type est vraiment un joueur de foot, nous vous expliquons pourquoi c’est même le meilleur défenseur de la planète, et pourquoi il est indispensable au succès incroyable de la série des Clasicos. Batman n’a qu’à bien se tenir, le Joker revient…

Avril 2011, match retour du Clasico au Bernabéu dans une Liga qui est déjà dans les mains des barcelonais. Ce jour-là, Mourinho innove. En 1986, Beckenbauer (alors sélectionneur allemand) avait placé Matthaüs en chien de garde sur Maradona, mettant un attaquant, rapide et endurant, pour suivre à la trace le Pibe de Oro. Le fameux « comme cela nous jouerons à 10 contre 10 ». En ce mois d’avril, Mourinho nous la fait à l’envers. Si l’invention de Guardiola a révolutionné le jeu offensif avec Messi en« faux 9 », Mou va révolutionner le jeu défensif en instituant un« faux 4 ». Pepe est placé en position de milieu défensif, sorte de libéro avancé et détaché des taches de couverture. Son objectif : détruire toutes les attaques blaugrana passant par l’axe. Après avoir inventé l’Airbus intériste en 2010, Mou invente le bouclier mobile, sorte de tank destroyer hyper rapide.

Ce soir-là, les jambes de Pepe semblent avoir la taille du palmarès du Real et le brésilien-portugais met le pied sur tout ce qui bouge. Impassable, il bloque complètement l’axe barcelonais. Le match finit à un penalty partout. Mourinho, par Pepe, a détruit le Barça. Si bien que la Copa del Rey est remportée par le Real, et qu’à l’approche de la demi-finale de Champions League, le Real est (presque) favori. Jusqu’à que M. Stark expulse Pepe pour une faute qu’il n’a jamais commise, du moins. Certains (beaucoup) diront que le brésilien a mérité d’être expulsé pour l’ensemble de son œuvre. C’est idiot, ce serait comme dire qu’un attaquant qui a plusieurs fois touché le poteau mérite de marquer, et lui accorder un but non valable… Mais Pepe le sait, et il compte bien avoir sa revanche.

Le super-méchant

Dans tous les grands films de super-héros, il y a des super-méchants. Des types qui sont détestables de la tête aux pieds, sans aucune nuance. La manière avec laquelle Pepe a été assimilé à ce rôle est fascinante. Une tête d’alien fou, le crâne rasé, un regard d’enragé, un corps maigre, une allure quelque peu repoussante. C’est le Joker de Batman, version Clasico. Diaboliquement génial. Si Messi est le fils de Dieu, Pepe est certainement celui du Diable. On oublie rapidement que le mec a du ballon et dès qu’on le peut, injustement ou pas, on le punit. Un bouc-émissaire pour qui personne n’a d’affection. Un vrai méchant, sur qui on peut taper autant que l’on veut sans culpabiliser. Quand le personnage du méchant a des nuances de gentil et parvient à être louable, il est difficile de gagner sans compassion. Dans les Clasicos, rien de tout cela. Pepe assume parfaitement ce rôle de super-méchant, et quand il gagne la Coupe du Roi, il le rend bien aux culés présents au Mestalla…

Pepe est présenté comme le grand méchant parce que personne n’arrive à le comprendre. Pepe est inexplicable, et les gens n’aiment pas les zones d’ombre, les mystères, les inconnues. Comment expliquer que le brésilien-portugais soit maigre et surpuissant ? Fou mais hyper discipliné défensivement ? Haï par tous les footix de la planète mais adoré par Mourinho ? Pepe est inexplicable, incontrôlable, différent, aliéné. Alors, on le met dans le camp des méchants, en espérant ne pas trop le voir.

Alors que Mourinho avait trouvé avec Lucio-Samuel une paire centrale fantastique (Samuel Il Muro l’argentin rugueux au corps à corps, et Lucio le brésilien possédé qui rentre au mental dans la tête de son adversaire), il a trouvé en Pepe le niveau supérieur. Ce joueur est LE défenseur mourinhesque. Plus que Terry, plus que Lucio. Encore plus que Carvalho. A la fois puissant, intelligent dans son placement, rugueux et mentalement difficile à jouer. Tout simplement, le gars fait peur. Si vous étiez un avant-centre de classe mondiale, nul doute que Pepe serait le dernier défenseur que vous aimeriez affronter. C’est tellement plus cool de jouer contre Nesta ou Piqué, de se faire prendre le ballon proprement et de s’échanger le maillot à la fin de la rencontre. Avec Pepe, c’est un autre univers, une lutte sans merci, un combat sans fin. La crainte de s’en prendre une et de ne pas terminer le match est omniprésente dans les pensées de l’attaquant.

Le super-méchant Pepe était donc fait pour le super-méchant Mourinho. Les deux sont détestés, les deux entraînent et jouent comme ils pensent, à l’instinct, au talent, au cœur. Sans se préoccuper de ce que l’on peut penser d’eux. Sans demi-mesure, ils mettent dans leur « travail » une intensité remarquable, et leur détermination est exemplaire.

Délit de faciès

Le jour de son agression sur Casquero face à Getafe, FT était au Bernabéu. Oui, il s’agit une agression terrible. Oui, c’est dangereux de donner un coup de pied à l’adversaire (deux, en l’occurence) et son attitude est d’une violence rare dans le football. Oui, on ne fait pas cela sur un terrain de football et c’est un exemple scandaleux. Mais cela peut être compris, pour plusieurs raisons. D’abord, le contexte général. Avec cette exagération de Casquero (qui est parfaitement en son droit et joue bien le coup), le Real perd définitivement la Liga. Ensuite, le match en soi. Provoqué sans cesse, mal puni par l’arbitre (carton jaune non mérité), Pepe s’est plaint de l’arbitrage à plusieurs reprises lors de la rencontre, et on peut dire que le Bernabéu était alors au moins aussi nerveux que lui. Enfin, Casquero ? Est-ce qu’un seul journaliste en France, avant d’envoyer Pepe en prison, s’est demandé qui était ce joueur ? Vulgairement, nous dirions que c’est Pepe, le talent en moins. Pas un ange. Nous vous laissons imaginer. Si Pepe avait tapé Materazzi, qu’aurait-on dit d’ailleurs ?

Et puis il faut dire la vérité, avec Pepe on fait un délit de faciès monstrueux. Si jamais le brésilien avait eu le visage d’un Gourcuff, ou même celui de Carvalho, jamais il n’y aurait eu de critiques aussi virulentes à son encontre. Quand t’as une tête de fou, tu es pris pour un fou. Quand t’as une tête de monstre, tu es pris pour un monstre. Trop facile.

Lors de la rencontre Portugal-Bosnie des barrages pour l’Euro 2012, Pepe subit une faute grossière qui rappelle étrangement l’action du carton rouge du Bernabéu sur Alves. L’arbitre ? M. Stark, toujours. Sauf que là, aucun carton n’est sorti (vidéo). Bref, on ne lui fait pas de cadeaux.

Sous-coté : le défenseur le plus abouti actuellement ?

Excellent dans les airs et au sol, au corps à corps et dans la fermeture des espaces, dans la relance au pied et la remontée en dribbles, Pepe est tout simplement le défenseur le plus complet que le football peut nous offrir aujourd’hui (juste devant Vidic et Thiago Silva, certainement). Au contraire d’un Piqué ou d’un Nesta, s’il jouait en Premier League, il n’aurait aucun mal à supporter le rythme du jeu « anglais ». S’il jouait en Serie A, la discipline de son placement et sa capacité à éliminer l’adversaire en ferait un très grand. Il peut s’imposer partout. O Monstro est énorme, mais il n’est jamais allé plus loin que les huitièmes de finale de Champions League. Vidic a commis pas mal de bourdes dans sa carrière (Torres en sait quelque chose). Et Pepe, on peut nous rappeler sa dernière grosse erreur ? (si Messi est de la partie, cela en compte pas bien entendu).

Quand le sujet Pepe est abordé, le premier mot que l’on entend est souvent le mot « bourrin ». A un poste où l’exigence tactique est énorme, Pepe est avant tout un défenseur hors-norme. Plus rapide que n’importe quel autre central, il n’est jamais mis en difficulté par la vitesse des attaquants adverses. Pepe ne défend pas au corps. Pepe ne défend pas au sol (Pepe ne fait pas de tacles glissés). Non, quand Pepe défend, il défend debout. Fier. Fort. Puissant. Debout. Le pied en avant. Bim. Chlak. Pepe transperce les attaques adverses en mettant son pied en opposition, prenant toujours le ballon, quelques fois un bout de pied avec. Mais le ballon avant tout.

Pepe, c’est LE guerrier. Un Gattuso doté de qualités athlétiques exceptionnelles. Le joueur qui va laisser toutes ses forces dans la bataille. Le joueur qui ne va rien calculer. Le joueur qui va défendre et attaquer à l’instinct, guidé par son cœur et sa passion. Le joueur qui joue à la limite, toujours. Prise de risque maximale. Calcul minimum. C’est ce qu’il faut voir en Pepe, à la place de le prendre pour un assassin qui rentre sur le terrain pour faire mal. Certainement traumatisé par des otaries dans son enfance brésilienne, Pepe se concentre sur une seule chose : récupérer le ballon. Voir jouer Pepe revient à voir un carnivore à la recherche d’un ballon. Peu importe ce qui se trouve sur son passage, il va mettre toute sa détermination dans l’interception de ce ballon, un peu à l’image d’un grand méchant prêt à tout donner afin de vaincre enfin le super-héros du peuple.

Samedi à 22h, le Joker du Clasico fera son grand retour. On n’attend que ça.

Markus

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Posted in: Liga, Real Madrid