Carles Puyol, le Self-Made Man

Quand on entend parler du Barça version coach Guardiola, les expressions qui reviennent le plus souvent sont certainement « génies footballistiques », « maîtrise technique », « jeu de passes » et « beau jeu ». Et pourtant, son joueur le plus emblématique s’appelle Carles Puyol : la technique d’un rugbyman, le physique de Tarzan et le talent de Franck Leboeuf.

Portrait d’un capitaine unique

Nous jouons la 73ème minute de la demi-finale de Coupe du Monde 2010. La Roja et la Mannschaft sont sur le fil du rasoir : toujours 0-0 à un quart d’heure de la fin. Mais les ibères semblent avoir l’ascendant psychologique. A tout moment on s’attend à une magie de Villa, Iniesta ou Xavi pour lancer la Seleccion en finale du Mondial. Un dribble de génie, une ouverture surprenante ou une frappe de rêve. Mais, incroyablement, qui se charge de marquer l’un des buts les plus importants de l’histoire de la sélection espagnole et libérer les siens ? Carles, dont le casque s’élève au-dessus de Piqué et entre à jamais dans l’Histoire avec une tête venue d’ailleurs. Sans doute le mec le moins technique de son équipe. Sans doute le joueur le moins charmant de son pays. Certainement le moins talentueux, aussi. Mais on s’en fout, le football, comme d’habitude, se joue et se gagne dans la tête (et les cheveux). Ni avec les pieds, ni avec le style. Par sa hargne et sa détermination inégalables, Puyol a grimpé sur le toit de l’Europe et du monde, en club et en sélection. Et le tout sans savoir frapper un ballon du pied gauche. Belle histoire.

Pas de talent inné

Pour une grande partie des joueurs, on connaît depuis leur naissance le poste qu’ils occuperont sur un terrain de football. Les gardiens naissent gardiens, ils ne le deviennent pas. Les buteurs à la Inzaghi naissent buteurs (ou hors-jeu dans son cas, dixit Sir Alex), ils ne peuvent pas le devenir. Les dribbleurs naissent dribbleurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ont des qualités innées, des qualités qui ne s’aprennent pas. Une sorte de bagage génétique incontournable, comme un héritage.

De son côté, Puyol est le self-made man du football. Ou comment devenir l’un des tout meilleurs joueurs mondiaux sans être doué avec le ballon. Né en 1978 à Pobla de Segur en Catalogne, Carles le gamin n’a pas de don ou de qualité exceptionnelle à exploiter. Il n’a ni la vitesse, ni l’anticipation, ni le toucher de balle. Un peu perdu, un peu dégouté, il ne sait pas trop à quel poste il pourra s’épanouir. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il veut jouer sur ce maudit terrain de foot. Il s’essaye donc dans les cages, puis s’installe à droite en tant qu’ailier. Puis recule, encore et encore. A 17 ans, lorsqu’il est admis à la Sainte Masia, il se reconvertit en arrière droit.

Finalement, il s’installe et excelle au poste de stopper, défenseur central, rugueux et sans pitié, même si Pep profite encore de sa polyvalence pour le faire jouer arrière latéral droit ou gauche. Si l’on devait définir au mieux son poste, on dirait que Puyol est un marcador : à l’image d’un guerrier ayant pour mission de suivre son ennemi à la trace, Puyol le spartiate prend les attaquants adverses au marquage, sans les lâcher, jamais.

L’intrus du Barça ?

Carles est  un intrus parmi les stars barcelonaises. Au Barça, même le gardien doit avoir un jeu aux pieds bien supérieur à la moyenne des joueurs de champ adverses. Valdès pourrait tranquillement jouer milieu de terrain. Les défenseurs centraux qui lui ont succédé ont tous eu une grande maitrise du ballon. Piqué, Gabi Milito, Mascherano et Busquets (saison 2008/2009 et 2010/2011) ont une technique impeccable pour des défenseurs, que ce soit du pied gauche ou du pied droit. Malgré cela, le seul joueur toujours présent dans le quatuor défensif catalan depuis le 2 Octobre 1999, c’est bien Puyol. Et c’est lui qui s’est imposé comme le seul capitaine Blaugrana à avoir soulevé six coupes en une année. Comment expliquer ce paradoxe ?

Le Petit Jean du Barça

Le vice-capitaine des Culés, ou celui qui aurait dû gagner au moins un ballon d’or ces dernières années, a.k.a El Maestro Xavi Hernandez nous donne le premier élément de réponse : “Moi, je ne suis pas indispensable. Puyol est notre vrai joueur clé, et non pas parce qu’il est le meilleur défenseur du monde, mais grâce à son caractère. Il ne baisse jamais les bras, c’est incroyable”. Puyol est le Petit Jean du Barça : allant toujours vers l’avant, optimiste et battant, il protège le Barça comme sa famille et transmet son mental de boxeur à ses coéquipiers.

Dire que Puyol est un gagnant serait un euphémisme : Carles est un guerrier, un combattant qui associe la défaite à la mort. Sans aucun doute le plus gros mental de l’effectif barcelonais. C’est un stakhanoviste, qui se présente toujours en avance lors des sessions d’entrainements et part toujours en dernier. Son père ouvrier lui a inculqué les valeurs du travail et de la souffrance. D’ailleurs, d’après El Mundo Deportivo, lorsque Pep décide d’insérer Thiago Alcantara en équipe première, il lui dit: “Si tu bosses comme Carles, tu deviendras une de nos pièces maîtresses. Sinon, vu ton potentiel, tu deviendras un des plus grands gâchis du club”. Puyol, au Barça comme en sélection, est l’exemple à suivre, la définition du bon professionnel. Un leader qui met la barre très haut et oblige ses coéquipiers à atteindre son niveau, son envie. Capitán des Blaugrana en 2003, à tout juste 25 ans, bosseur et hargneux sur le terrain, tranquille et poli en dehors, il est le rêve de tout entraîneur.

Un défenseur exceptionnel. Le deuxième élément de réponse se trouve dans ses qualités défensives développées sous la supervision de Louis Van Gaal, en 1999. Ces dernières années, la défense barcelonaise n’a semblé réellement  dépassée par les évènements qu’une seule fois,  à Milan, contre l’Inter en demi-finale de LDC 2010. Défaite sans appel 3-1. Puyol joue l’un des pires matchs de sa carrière et, cerise sur le gâteau, se prend un carton jaune qui le privera du match retour. Lorsque Carles coule, toute la défense prend l’eau.

Alors oui, l’élégance lui fait défaut. Mais au niveau du placement et de l’organisation défensive il n’est aujourd’hui inférieur à personne. Tel un général expérimenté sur son champ de bataille, c’est lui qui dirige ses défenseurs, qui les place, qui les engueule, qui décide quand il est temps de tenter le hors-jeu (souvent) ou de défendre bas (pratiquement jamais). Piqué dit de Puyol :  »c’est lui qui m’a appris à me positionner sur un terrain de football  ». Et ce après avoir vécu quatre ans à la cour de Ferguson.  Voir Puyol aboyer sur ses défenseurs pour les remettre en place est un spectacle. Et les rares fois où il est mal positionné, il possède la rapidité et l’athlétisme nécessaire pour remédier a son erreur. Ajoutez à cela son jeu de tête exceptionnel (malgré ses 178 centimètres), et vous aurez la description de l’un des meilleurs défenseurs centraux de la planète. De 2008 à 2010, la paire fantastique qu’il forme avec Piqué, sorte de duo Chewbacca – Ian Solo revisité, n’a encaissé que 59 buts en Liga, soit 0.77 par match. Solide.

Pas de Clasico ?

D’après El Mundo Deportivo, demain soir Piqué et Mascherano seront préférés à Puyol lors du Clasico. Un coup dur pour les amants de cette rivalité : Carles devrait toujours participer à ce genre de rencontres. D’autant plus quand on sait à quel point il est devenu le talisman d’un Barça qui ne perd jamais avec lui sur le terrain. 

Mais même s’il sera sur le banc, Puyol participera sans aucun doute au résultat de son équipe, à sa manière, c’est-à-dire en transmettant sa hargne et son sérieux, gueulant sur ses coéquipiers, conseillant ses jeunes apprentis, encourageant le capitaine Xavi, et surtout en acceptant les choix de Pep pour montrer, comme toujours, l’exemple à suivre.

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