"Les Dictateurs" : Xavi, El Maestro

Publié le décembre 7,

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The Dictator (en anglais, l’homme qui dicte le jeu). FAUTETACTIQUE.com s’intéresse ici aux deux joueurs qui représentent le mieux leurs clubs respectifs dans ce Clasico. Xavi, El Maestro, incarne mieux que personne ce génie révolutionnaire mêlant travail et invention dans un Barça qui a su se réinventer dans les années 1990. Xabi Alonso, The Gentleman, est le symbole de ce Real Madrid élégant, beau et majestueux qui réduit, avec classe, ses adversaires à l’impuissance la plus totale. C’est LE duel de ce Clasico.

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Ces dernières années, le discours général autour du Ballon d’or était de le donner à Messi, et non à Cristiano, parce qu’en plus de qualités individuelles exceptionnelles, Leo savait jouer pour le collectif, et le rendre meilleur. On nous a dit que Messi faisait le collectif de son équipe, alors que Cristiano n’était qu’un mercenaire égoïste. Vraiment ? A-t-on des nouvelles du collectif de l’Argentine ? On se moque de nous. Nul doute que si Xavi avait été argentin, l’Argentine aurait fêté un titre dans cette dernière décennie. Et pourtant, on parle toujours de « l’un des meilleurs joueurs au monde », seulement. On n’ose jamais parler du meilleur. Ce serait honteux pour le football d’avoir un inconnu, une anti-star comme numéro un ? Quand il est dit que Xavi mérite le ballon d’or, il est souvent entendu qu’il s’agit de récompenser l’ensemble de son œuvre et de celle du football espagnol en général.

Et si Xavi était, aujourd’hui, tout simplement le meilleur joueur au monde ?

Le maître du milieu de terrain

« Au Barça, on m’a dit que si je jouais au milieu, alors je n’avais pas le droit de perdre la balle. Moi, je suis un mec responsable, donc j’ai appris à la garder. Et j’aime ça. »

Lors du match aller de la Supercoupe d’Espagne au Bernabéu (à lire, le « FT y était »), le Real Madrid a plus de possession de balle que son rival après 45 minutes. Ce n’est pas arrivé depuis que Guardiola est sur le banc barcelonais… Finalement, le Barça termine avec 52% de possession. Beaucoup y voient un tournant majeur dans le duel Guardiola-Mourinho. En fait, il fallait juste y voir que Xavi Hernandez (blessé, entré en jeu à la 56e) est l’âme, le cerveau et le meilleur joueur du meilleur milieu de terrain au monde.

Si nous devions décrire le rôle tactique de Xavi, nous dirions qu’il fait partie de la catégorie des rares milieux de terrain qui savent aussi bien attaquer que défendre, des génies inclassables qui travaillent des deux côtés. Il y a Pirlo et Cambiasso en Italie, Gerrard, Scholes et Lampard en Angleterre, et Xabi Alonso au Real. Ces joueurs-là pèsent plus que n’importe qui dans leur équipe : milieu défensif, milieu relanceur, meneur de jeu et très souvent meneur d’hommes. Nous les retrouveront tous sur un banc d’ici dix ans.

La domination au milieu du terrain, Guardiola en a fait une science. Et Xavi en est son meilleur spécialiste. Jeu court et jeu long, dribbling et pressing, un contre un et coups-francs, pied droit et pied gauche. Dans l’art du contre-pied et de la feinte de corps, il est devenu maître absolu. Ses yeux donnent un signe au défenseur, ses bras en font un autre, sa tête lâche un autre indice, encore différent, et finalement, ses pieds mettent le ballon là où l’on ne s’y attend jamais. Comme s’il était facile de mesurer 1m70 et de dompter tous les milieux défensifs européens. Comme quoi, il est possible de devenir le meilleur joueur du monde de hand sans faire 90 kilos. En effet, à la différence des autres milieux tout-terrain, Xavi n’est pas un guerrier. C’est un artiste, dont l’instrument n’est en fait pas le ballon, mais la lecture du jeu. Une sorte d’intellectuel du football. Comme dit Denoueix, « Xavi, c’est le foot ». Un artiste dont l’art est de rendre le jeu de ses coéquipiers aussi simple et beau que le sien. Van Bommel aux côtés de Xavi en 2006 ? Aussi délicat qu’Iniesta.

Ballon d’or en puissance

Depuis la saison 2008-09, Leo Messi a remporté trois ballons d’or (2011 quasi certain). Le premier après le triplé du Barça, le second après l’année du Mondial sud-africain, le troisième après le doublé de cette année. Xavi a remporté le même triplé et le même doublé et les trois mêmes Ligas. A la place des trois ballons d’or, il a préféré un Euro (désigné meilleur joueur), une Coupe du monde et un éliminatoire 100% (10 victoires sur 10) pour l’Euro 2012. Qui a dit que le Ballon d’or était injuste ?

Xavi meilleur que Messi parce qu’il gagne avec l’Espagne ? Certains penseront détruire cet argument en disant que Xavi a autant besoin de Messi que l’argentin a besoin de l’espagnol au Barça. En disant qu’ils seraient complémentaires, et en ajoutant que l’effectif espagnol est bien plus fourni que l’argentin. Sauf que Xavi a tout gagné avec le Barça et avec l’Espagne, et il a tout gagné avec tout le monde et n’importe qui. A ses côtés pour protéger sa défense, dans le rôle de Busquets aujourd’hui, il avait déjà gagné avec Van Bommel (2006), Marcos Senna (2008), Yaya Touré et Xabi Alonso (2010). Devant lui pour accélérer le jeu, dans le rôle de Messi, il avait déjà gagné avec Ronaldinho (2006), Silva (2008) et Iniesta (2010). Sur le front de son attaque aussi, il a gagné avec des joueurs aussi différents que Eto’o, Torres, Henry, Villa ou Ibrahimovic. Xavi leur a dicté le jeu, à tous. Aux ordres d’entraîneurs aussi différents que Rijkaard, Guardiola, Aragones et Del Bosque.

Aujourd’hui, le meilleur joueur au monde est un inconnu, fait rarissime dans l’histoire de notre sport. Xavi ? En dehors des fans de football, personne n’en a entendu parler. Qui aurait pu prévoir qu’un homme allait diriger pendant trois saisons (to be continued ?) les deux meilleurs équipes au monde, sans médiatisation excessive et en portant les numéros 6 et 8 ? Xavi aurait pu demander le numéro 10 du Barça, il ne lui aurait pas été refusé. Xavi aurait pu exiger le 10 de la Roja, il l’aurait eu. Mais non, un peu comme le Baresi du Milan de Sacchi, il est le meilleur joueur d’une équipe de grandes stars sans en être la vedette. Du coup cette semaine, quand le duel Real-Barça vous sera présenté, tout le monde vous parlera des duels Messi-Cristiano et Pep-Mou. Alors qu’on devrait accorder bien plus d’importance au face-à-face fascinant que vont se livrer Xavi et Xabi Alonso.

Le problème de sa succesion

On l’a compris, il n’y a pas deux Xavi. Et c’est un problème pour le Barça, car Xavi aura 32 ans en janvier. Pas très vieux certes, mais il n’est pas interdit de se dire que trouver un successeur est d’actualité chez les Culés. A une époque, le Barça pensait aussi qu’il ne trouverait pas de deuxième Guardiola, et finalement l’élève a dépassé le maître. Mais personne ne se pointe encore pour dicter le jeu des blaugrana façon Guardiola-Xavi. Thiago ? Nous avons bien vu lors de l’aller de la Supercopa que ses racines brésiliennes prennent souvent le dessus. Ce n’est pas un dictateur, mais plutôt un artiste. Et Cesc ? Son expérience anglaise l’a rendu tellement polyvalent que nous ne savons plus trop à quel poste il devrait jouer. Mais en général, ce n’est pas à la place de Xavi. Et il ne devrait d’ailleurs pas abandonner cette tendance à toujours se lancer dans la profondeur.

Comment organise-t-on la succession d’un dictateur ? Soit elle est faite naturellement et souhaitée par le dictateur qui « choisit » son fils spirituel, soit elle est forcée, par la défaite du régime ou un changement de celui-ci. Passerons-nous à la monarchie du roi Messi, épaulé par le général Fabregas ?

Ce qui est sûr, c’est que le Clasico se jouera au milieu de terrain, et le vainqueur du duel Xavi Hernandez-Xabi Alonso amènera son équipe vers le triomphe. Les deux joueurs ayant réussi le plus de passes en Liga (le barcelonais a l’avantage), les deux joueurs sur lesquels reposent les deux meilleurs clubs au monde actuellement, leurs deux joueurs les plus indispensables. Les voir jouer l’un contre l’autre sur la pelouse du Santiago Bernabeu sera magique. On attend ça avec impatience. On en est convaincu, c’est le duel "El Maestro vs The Gentleman" qui décidera du sort de ce Clasico.

Markus


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Posted in: Barça, Liga