« Les Dictateurs » : Xabi Alonso, The Gentleman

Xabi Alonso Xabi Alonso of Real in action during the Copa del Rey quarter final first leg match between Real Madrid and Atletico Madrid at Estadio Santiago Bernabeu on January 13, 2011 in Madrid, Spain.

The Dictator (en anglais, l’homme qui dicte le jeu). FAUTETACTIQUE.com s’intéresse ici aux deux joueurs qui représentent le mieux leurs clubs respectifs  dans ce Clasico. Xavi, El Maestro, incarne mieux que personne ce génie  révolutionnaire mêlant travail et invention dans un Barça qui a su se  réinventer dans les années 1990. Xabi Alonso, The Gentleman, est le  symbole de ce Real Madrid élégant, beau et majestueux qui réduit, avec  classe, ses adversaires à l’impuissance la plus totale. C’est LE duel de ce Clasico.

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Classe et élégance, le Real dans le sang

Personne ne peut se vanter de dégager autant de classe et d’élégance que Xabi Alonso  sur un terrain de football. Les épaules larges, la tête haute, le regard perçant : le basque est bien plus qu’un simple sportif, il est le  joueur qui combine parfaitement esthétique et pragmatisme. Ses ouvertures millimétrées de soixante mètres sont à la fois une délice pour le spectateur et la manière la plus efficace pour contourner la défense adverse ou profiter d’une erreur de placement.  Le numéro 14 madrilène a tout simplement la classe, et ce, malgré sa barbe rousse. Ou peut-être grâce à sa barbe rousse. On ne sait pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il représente un certain échantillon de la population espagnole, un noble-bourgeois gracieux, raffiné et charmant. Pas de tatouages, pas de cheveux longs, pas de gomina. Un homme d’un autre temps. Même lorsqu’il se prend les crampons de De Jong sur le torse en finale de Coupe du Monde, il se relève rapidement, droit, fier et, bien sûr, avec la classe.

Son histoire personnelle est importante pour comprendre son parcours professionnel. Xabi Alonso a le football dans le sang. Né à Tolosa dans le Pays Basque, il a eu le  »privilège »(il le dit lui-même) d’être le fils d’un père footballeur au grand succès, passé par la Real Sociedad et le Barça. Dès son plus jeune âge, Periko Alonso lui transmet sa passion pour le ballon rond et influence sa manière de jouer. Xabi ne veut pas marquer des buts, mais distiller des passes, dicter le tempo, organiser le jeu ; à aucun moment il n’a l’ambition de finaliser le jeu, son seul désir est de « construire » les piliers sur lesquels reposera la philosophie de l’équipe. Vingt ans plus tard, nous pouvons sereinement dire qu’il  a réussi à satisfaire son rêve de gosse.

Le joueur moderne par définition

Intelligence, rapidité et leadership, les ingrédients idéaux pour réussir dans le football moderne. Xabi est un maître des trois.  Il  est le joueur moderne par définition et exprime toutes les qualités exigées par le football du XXIème siècle.

Son intelligence de jeu est exceptionnelle. Que ce soit à San Sebastian, Liverpool ou Madrid, Xabi a toujours été le cerveau de l’équipe. Il comprend plus rapidement que les autres les situations de jeu, le cours du match, les faiblesses des adversaires. Il sait quand il faut accélérer le jeu et quand gagner du temps, quand partir à l’abordage et quand défendre le résultat. C’est un analyste. Il interprète le match comme un joueur d’échecs. Il dirige ses pièces (ses coéquipiers) avec maestria, en les utilisant de la manière la plus rationnelle possible pour que l’équipe mette échec et maths les adversaires, ou pour protéger son propre Roi. Mourinho a récemment affirmé « on se retrouvera tous les deux sur des bancs de touche d’ici quelques années« . En effet,  Xabi Alonso est de facto l’entraineur sur le terrain, le relais entre le banc et le rectangle de jeu, celui à qui s’adresse le Mou pour bousculer tactiquement l’équipe.

Le football moderne exige de la rapidité. Le rythme des matchs, surtout au niveau européen, est ahurissant. Et Xabi est l’un des joueurs les plus rapides du monde. Pas dans le sens conventionnel du terme, comme Obafemi Martins ou Theo Walcott, capables de couvrir 100 mètres de terrain en 11 secondes. Non, il est rapide dans sa tête et dans son style de jeu. Il analyse le positionnement de ses coéquipiers et de ses adversaires avant de recevoir le ballon, de telle sorte que, dès que le cuir arrive dans ses pieds de velours, il sait déjà comment l’utiliser, où l’envoyer. Ce qu’il perd en athlétisme, il le gagne en intelligence et arrive toujours à passer le ballon avec cette demi-seconde d’avance qui permet au destinataire du cuir de profiter du mauvais placement de son adversaire. Il est la plaque tournante qui rend les attaques madrilènes si rapides et meurtrières.

De plus, la confiance qu’il dégage, associée à son intelligence footballistique, en font un vrai leader silencieux. Relativement peu médiatisé au vu de son talent et de son importance au sein des Galacticos, il a pourtant conquis le vestiaire madrilène sans problème. Et avant cela celui d’Anfield Road. Et avant encore, celui de San Sebastian et d’Eibar. Cette caractéristique a toujours fait partie du footballeur Alonso, il a constamment été un meneur d’hommes par l’exemple plus que par les paroles. A tout juste 20 ans, John Toshack, ex-entraineur de la Real Sociedad lui confie le brassard de capitaine. Il déclarera quelques années plus tard que  » à 20 ans, je l’ai fait jouer  face à Albelda et Baraja contre Valence au milieu. Il les a bouffés. Sur l’autre banc il y avait Benitez. Je peux vous dire que c’est ce jour-là qu’il a décidé de l’emmener avec lui à Liverpool. » Aujourd’hui, il suffit de le voir aboyer sur ses latéraux pour comprendre que s’il y en a qu’on écoute à Madrid, c’est le barbu du milieu.

Le même style que Xavi ?

« Il a le même style de jeu que Xavi » dixit le Mou. Pour une fois, nous ne supporterons pas la thèse du Special One. D’accord, ils ont le même rôle, ce sont les cerveaux de leur équipes respectives, les « hommes de l’ombre »,indispensables pour la réussite de leur clubs mais souvent éclipsés par les dribbles de Leo et les passements de jambes de CR7. Mais Xavi est plus un métronome, une horloge suisse, un train allemand : jamais en retard, aucune erreur, distribuant le jeu calmement et intelligemment. Passes courtes et précises, sans exagérer, et puis la magie d’une superbe passe en profondeur pour lancer les Messi, Pedro ou Villa devant le goal adverse. Xabi Alonso est plus imprévisible. Il réussit à alterner le jeu court et posé avec des ouvertures magiques de soixante mètres qui sautent les défenses adverses. Le Mou adore sa capacité de surprendre les adversaires : il les endort avec des passes courtes pour ses défenseurs centraux et puis, boum, ouverture géniale qui catapulte Cristiano ou Di Maria en position très menaçante pour l’équipe adverse. Une vraie rampe de lancement.

Défensivement, le basque, un peu comme son collègue catalan, a un rôle très important à jouer. C’est là que son expérience britannique se fait le plus sentir, et le secteur du jeu où il a le plus gros avantage par rapport à Xavi. Le jeu viril, le duel aérien, il connaît. Même lorsqu’il est épaulé par Khedira, Mourinho lui demande de détruire le jeu « ennemi ». Il veut qu’il recule et se positionne devant les défenseurs centraux pour protéger les cages madrilènes. Ou, s’il est hors-position, faire le pressing et se sacrifier en prenant le jaune pour une faute tactique qui empêcherait la contre-attaque adverse. Xabi Alonso est un pur milieu « constructeur-destructeur ». Il peut et sait être dur, laissant traîner le pied, faire sentir sa présence et José adore ça. Mais même lorsqu’il détruit, c’est toujours avec sa classe habituelle.

Ce qui est sûr, c’est que le Clasico se jouera au milieu de terrain, et le vainqueur du duel Xavi Hernandez-Xabi Alonso amènera son équipe  vers le triomphe. Les deux joueurs ayant réussi le plus de passes en  Liga (le barcelonais a l’avantage), les deux joueurs sur lesquels  reposent les deux meilleurs clubs au monde actuellement, leurs deux  joueurs les plus indispensables. Les voir jouer l’un contre l’autre sur  la pelouse du Santiago Bernabeu sera magique. On attend ça avec  impatience. On en est convaincu, c’est le duel “El Maestro vs The  Gentleman” qui décidera du sort de ce Clasico.

Ruggero

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2 réflexions sur “ « Les Dictateurs » : Xabi Alonso, The Gentleman ”

    1. Finalement, Cristiano s’est révélé plutôt bon lors des deux derniers Clasicos, voire très bon, donc un tel article n’aurait pas été très pertinent. A voir néanmoins sur le(s) dernier(s) Clasico(s) de l’année s’il parvient à faire gagner son équipe, à voir…

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