Rivaldo

Les Oubliés : Le Hat-trick de Rivaldo contre Valence

Si vous vous demandez encore si vous devriez lire cet article, sachez qu’il raconte l’histoire du seul match ayant provoqué une invasion de terrain au Camp Nou. Si cela ne vous convainc pas, dites-vous que lors de ce match, un homme a marqué l’un des hat-tricks les plus grandioses de l’histoire de notre sport (si vous avez mieux, on est preneur, et non, Rossi ne compte pas). Vous hésitez encore ? Les trois buts de notre héros ont été marqués en dehors de la surface. Ce n’est pas suffisant ? Le dernier a été marqué à la dernière minute, de « la plus belle des manières »…

What else? 
 
Dernière journée de la saison 2000-2001 de Liga. Au Camp Nou, le Barça reçoit Valence pour un match à l’enjeu énorme : une qualification pour la Champions League. Les temps ont bien changé. En face, ce n’est pas le Valence « subprimes » des dernières années. Non, il s’agit de celui qui vient de jouer (et de perdre) sa deuxième finale de Ligue des Champions consécutive. Une non-qualification serait donc un coup d’arrêt terrible dans la quête européenne des Chés. Donnée importante : il suffit d’un match nul aux valenciens, tandis qu’il faut les trois points au Barça.
 
Voilà pour le scénario. Et les acteurs ? Côté Barça, on a le combo classique de l’époque : Rivaldo et les Hollandais. De Boer (Franck), Kluivert, Overmars, Cocu, tous titulaires. Et puis Guardiola est là aussi, pour sa dernière saison (il s’agit de son dernier match de Liga en tant que joueur, pas mal comme finish). De l’autre côté, Valence vient d’aller (presque) au bout en Europe, et son effectif a de la gueule : Mendieta, Ayala, Aimar, Baraja, Kily Gonzalez, Canizares.
 
Dans ce film, pas question de laisser le spectateur s’installer tranquillement. Rivaldo montre d’emblée qu’il est venu pour prendre les choses en main, et qu’il n’a pas l’intention de jouer l’Europa League (pardon, l’UEFA) quelques mois plus tard. Après trois minutes, il vient poser le ballon à 25m des cages du rempart Canizares pour un coup-franc a priori lointain. Le brésilien s’élance, dans son style habituel, et fouette la balle du gauche, le corps couché sur la sphère. La balle surpasse mur, Canizares plonge, Canizares est loin… Le ballon tourne, il prend l’effet, Canizares ne l’aura jamais, poteau rentrant. Le coup-franc parfait. Imparable. La star du film, c’est lui. Le match peut commencer. 1-0 Barça.
 
Après 26 minutes, Valence égalise par Baraja.
 
On sent Rivaldo agacé. Sur ce qui est devenu son terrain, il demande tous les ballons, tricote, provoque, tombe, prend les fautes, feinte tout le monde. Il fait du Rivaldo, en somme.
Vient la 45e minute. L’ancienne star du Depor regarde sa montre, et se dit qu’il est temps de plier le match. Il vient chercher le ballon près de la touche, le touche, le soigne, mais pas d’espace. Puis Rivaldo la redemande, comme si une idée de génie venait de lui traverser l’esprit. Il repique vers le centre sur son pied gauche, prêt à charger, fusil au pied dirait-on. Il jette un dernier coup d’œil à la teinture de Canizares, et se décide. Pour ceux qui l’ont oublié, Rivaldo a un tir particulier. On pourrait dire qu’il est le Kevin Durant du football. Un tir peu conventionnel et efficace au possible, sans besoin d’élan ni de position de tir. Un mélange de style et d’efficacité diabolique. Ainsi, quand il lève la tête, on sait tous qu’il va tirer. Sauf que si l’on dit que son tir est efficace, il faut ajouter que sa feinte de tir est redoutable. Une première petite feinte, puis une vraie feinte de tir. Et pendant que son défenseur termine son petit 360 humiliant, Rivaldo s’avance et fait boum. Sans élan, son pied gauche fouette le ballon qui se transforme en projectile, même pour le meilleur gardien espagnol de l’époque. Une telle violence, une telle ferocity comme dit le commentateur anglais, que Rivaldo en tombe à la renverse… A côté de ça, même les coups-francs de Cristiano ou les frappes de Zlatan ont l’air travaillées. Rivaldo fait mouche et pousse un cri de rage que le Camp Nou n’a pas oublié. 2-1 à la mi-temps.
 
Deuxième égalisation de Valence, à la 47e, encore Baraja.
 
Rivaldo a compris, dans cette équipe du Barça qui a pas mal galéré cette saison, il est le seul qui peut renverser le destin. Le projet collectif, ce sera pour plus tard, Més que un club ou pas. Valence est meilleur, et Valence n’a besoin que du nul. Jusque là, on a un scénario classique : l’équipe qui a faim (désespérée ?) ouvre le score sur une prouesse de son fuoriclasse, puis les adversaires, plus sereins, égalisent sans forcer. Au Camp Nou, les culés se disent que ça peut durer longtemps comme ça. 1-1, 2-2, 3-3 ?
Non, Rivaldo a de la suite dans les idées. D’abord, il sait que son doublé lui donne carte blanche, c’est son soir, tout le monde le sait et il a la légitimité pour tenter ce qu’il veut. C’est trop d’honneur pour le croqueur do Brasil qu’il est, et il se met donc à tenter des gestes fous. A la 76e minute, il dépose un corner rentrant sur la barre de Canizares, qui a bien du mal à s’en sortir. Tous ceux qui ont vu ce match s’en souviennent certainement, on a cru à l’impossible ce soir-là. Mais ce n’était pas l’heure : l’impossible allait arriver un petit quart d’heure plus tard… Le temps de déposer un magnifique double coup du sombrero qui rendrait Neymar bien jaloux.
 
Alors que l’horloge affiche la 89e minute, c’est l’heure de la dernière chance. Et des choses sérieuses. De Boer, à l’expérience, fait ce qu’il y a de plus intelligent à faire : la donner au gaucher en feu. L’Hollandais ne fait même pas gaffe, et se dit qu’il peut lui donner n’importe comment, après tout le Barça n’est plus à ça près. Peu importe si Rivaldo est dos au but, peu importe si tous les défenseurs de Valence sont placés autour de lui. On pourrait imaginer un contrôle classique, puis une pression des adversaires sur celui qui, après tout, n’a pas d’yeux derrière la tête, et une perte de balle comme on en voit souvent. Rivaldo le sait, et surtout, tel qu’on le connaît, Rivaldo n’aurait jamais lâché son ballon. Des yeux derrière la tête ? Il n’a jamais aimé la donner cette balle, et puis tout ce qui compte, c’est qu’il sait très bien où se trouve le but.
C’est là que le génie intervient. En une fraction de seconde, Rivaldo conçoit ce qui est sur le point de devenir une œuvre d’art. Contrôle de la poitrine, pardon, jongle de la poitrine, arrêt du temps, silence religieux dans le stade, et exécution du geste parfait, comme au ralenti. Une chilena dans les règles de l’art, l’une des plus belles que l’homme ait eu la chance de voir. Le pied gauche prend le ballon au sommet de sa trajectoire, la jambe est perpendiculaire au sol…
La suite, seules les images peuvent la raconter fidèlement.
 

Markus

 

 

2 réflexions sur “ Les Oubliés : Le Hat-trick de Rivaldo contre Valence ”

  1. Article génial comme d’hab.

    Sur le coup franc, on voit que Rivaldo place sa frappe au dessus du joueur le plus grand du mur (une tête de plus que tous les autres valencians). Peut-on dire que Rivaldo fait preuve d’intelligence en visant justement ce joueur là, qui ne saute pas, parce qu’il est déjà trop grand par rapport à ses coéquipiers ?

    En posant cette question, est-ce que je viens de « mettre le doigt » sur une technique connue et répandue parmi les tireurs de coups-francs ?

    Merci pour ces « revival » les gars ;)

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