Un’Aquila nel cielo vola

La Juve oui, l’Udinese d’accord, la Roma peut-être… Mais si la vraie révélation de cette Serie A 2011/2012 était la Lazio d’Edoardo Reja ?

Notre histoire commence le 9 mai 2010, à Livourne. Après 8 mois de galère, la Lazio d’Edoardo Reja bat le Livorno et se maintient dans l’élite du football italien. Un exploit si l’on se souvient qu’en Janvier l’équipe se trouvait à la 18ème place à six points du maintien.  La saison 2010/2011 s’annonce également compliquée. Les pronostics des bookmakers et des journalistes sont cruels et sans appel : la Lazio se battra pour le maintien alors que les cousins haïs de la Roma se préparent à la lutte pour le titre. Pas facile d’être Laziale pendant cette période.

Pourtant, l’inimaginable se produit. Ranieri et sa Roma s’écroulent, alors que la Lazio de Reja prend l’envol, à l’image d’Olympia, aigle-mascotte du club qui décolle de la pelouse de l’Olimpico à chaque match à domicile. Edoardo Reja, natif de Gorizia, réussit à redonner une âme aux biancocelesti. Un système de jeu simple, avec une seule pointe en attaque (Floccari) supportée par la fantaisie de Stefano Mauri. Derrière, c’est le verrou : une défense à quatre solide emmenée par la révélation brésilienne André Dias et protégée par l’infatigable locomotive Cristian Brocchi. Rien de transcendant jusque-là, mais la différence entre la saison 2009/2010 et celle 2010/2011 a un nom : Anderson Hernanes, « Il Profeta ». Reja reconnaît tout de suite le génie du prophète et a l’intelligence de lui donner la liberté la plus totale sur le terrain. Officiellement, il est le milieu relayeur de l’équipe mais en vérité il joue où il veut. Devant la défense, derrière les attaquants, sur l’aile, voire même en numéro 9 dans des circonstances exceptionnelles et avec des résultats extraordinaires. Tout semble aller pour l’expérimenté Reja qui effleure une incroyable  qualification en Ligue des Champions avec une 5ème place juste derrière l’Udinese de Di Natale.

Mais il ne faut jamais sous-estimer les difficultés d’entraîner dans la Ville Eternelle. Malgré ce parcours extraordinaire, les ultras de la Lazio veulent la tête de Reja. Pourquoi ? La raison est simple, le coach a perdu ses 3 derbys contre la Roma depuis son arrivée sur le banc. Inacceptable pour le peuple Laziale qui préfère humilier les joueurs de la Louve plutôt que réaliser un excellent parcours en championnat. Le coach laziale s’insurge contre la Curva Nord et perd complètement son capital confiance auprès des supporters.  Reja rompt aussi avec l’idole indiscutable de la foule, Mauro Zárate, à qui il reproche son manque de discipline tactique et de sens du sacrifice. L’expérience de Reja sur le banc de la Lazio semble devoir prendre fin…

 Mais, malgré les pressions de la foule, Claudio Lotito, l’extravagant président du club, renouvelle justement sa confiance en son entraîneur pour la saison 2011/2012. Il se dit ambitieux et le démontre lors du Mercato 2011 où il met à disposition de Reja l’excellent Federico Marchetti (ex- gardien du Cagliari), Abdoulay Konko (pour remplacer le départ de Lichsteiner), Djib Cissé et, cerise sur le gâteau, Miroslav Klose. Surtout, il satisfait les demandes de son coach en laissant partir le « problème Zárate » et en gardant à tout prix la plaque tournante de l’équipe, Hernanes.

Le début de la Serie A 2011/2012 n’est pas enthousiasmant. La Lazio perd son premier match à domicile contre le Genoa et se fait huer par les 40.000 supporters de l’Olimpico. Reja en a marre et présente officiellement ses démissions à Lotito à cause du « climat irrespirable dans lequel je dois travailler ». Mais le président sauve son club du gouffre en refusant les démissions de son Edoardo. Il prend position derrière son entraîneur et critique le comportement des ultras de la Curva Nord. Il affirme qu’il est à « 100% avec son coach » et lui accorde une confiance aveugle. Reja, conforté par les paroles de son employeur et par le soutien du groupe, se remet à bosser pour gagner son plus grand défi : triompher dans le derby de la Capitale pour reconquérir la plèbe et travailler sereinement.

Le grand rendez-vous du 16 octobre débute de la pire des manières pour le natif de Gorizia. A la 5ème minute de jeu, Pjanic lance Osvaldo en profondeur qui trompe Marchetti d’un plat du pied gauche. Le peuple giallorosso est au paradis, alors que les Laziali recommencent à siffler le « perdente »  Reja. Mais Edoardo a du caractère. Il demande à son équipe de monter, d’être plus agressif  et de jouer le tout pour le tout. Il déplace Hernanes derrière Miroslav Klose et ordonne à Cissé d’utiliser sa pointe de vitesse pour déborder sur l’aile droite. La Roma est sous pression et à la 51ème concède un penalty bête sur une faute de Kjaer sur Brocchi. Rouge pour le danois et le Prophète transforme sans problème le péno. Malgré un poteau de Cissé, le résultat ne change plus et le match semble se destiner vers un pâle 1-1. Mais, à la 93ème minute, le terrible Klose  se retrouve seul contre Stekelenburg et le bat calmement avec une finition parfaite. C’est le délire, l’Olimpico laziale explose et Reja fonce sous la Curva Nord pour célébrer la victoire avec son public.  Le charme du derby de la Capitale : un seul match peut exalter ou couler deux ans et demi de travail (voir la vidéo).

Depuis,  les contestations des ultras sont finies et la Lazio se retrouve dans l’inhabituelle position de co-leader avec (encore et toujours) l’Udinese. Dans un championnat 2011/2012 caractérisé par son grand équilibre et par la baisse de régimes des grandes équipes,  qui sait si cette sombre histoire entamée le 9 Mai 2010 au stade  « Armando Picchi » de Livourne peut se transformer en l’un des exploits les plus retentissants de l’histoire du football italien…

Ruggero

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