Les Oubliés : Savicevic, Yorke et Hasselbaink

Jimmy Floyd

Dans cette rubrique, retrouvez chaque mercredi le portrait et les meilleures vidéos de trois joueurs plus ou moins oubliés qui ont pourtant marqué leur époque.

Cette semaine : Dejan Savicevic, Dwight Yorke et Jimmy Floyd Hasselbaink.

Dejan Savicevic, Il Genio

Berlusconi rachète le Milan AC en 1986. Son Milan connaît alors rapidement deux grandes ères : celle de Sacchi (1987-1991), puis celle de Capello (1991-1996). Si ce Grande Milan est très souvent associé au trio d’Hollandais Van Basten, Gullit et Rijkaard ou alors aux redoutables Boban et Weah, celui que Silvio appelait Il Genio, c’était Dejan Savicevic.

Jouer dans une grande équipe, Dejan l’avait déjà fait avant d’arriver au Milan. Avec l’Etoile Rouge, il partage l’affiche avec les monuments Dragan Stojkovic,  Robert Prosinecki et Darko Pancev, rien que ça. Gaucher brun et frisé qui excelle dans un maillot rouge au début des années 1990, Savicevic est la raison pour laquelle on a attendu les années 2000 pour se rendre compte du talent de Ryan Giggs. A Belgrade, Savicevic fait du Giggs mieux que Ryan. Pied gauche à tout faire, il brille par sa vision du jeu imparable et ses décalages imprévisibles.

En trois saisons pleines, il remporte trois championnats, deux coupes, une Ligue des Champions et une Intercontinentale. Un palmarès fantastique. Pourquoi seulement trois saisons alors qu’il a passé quatre années à jouer au Marakana ? Quand il arrive en 1988, c’est après avoir refusé de jouer pour le Partizan, club historique de l’armée… C’est par pur hasard qu’il est ainsi appelé à effectuer son service militaire dès le début de la saison. Il ne disputera donc aucun match de championnat, étant qualifié seulement pour les matchs européens et l’équipe nationale. Ironie de l’histoire, Savicevic écrira sa carrière à travers des rencontres européennes et ne parviendra jamais à trouver la régularité nécessaire en championnat. Savicevic, c’est l’anti-Zlatan. Un type qui réussit ses gestes les plus spectaculaires lors des matchs les plus spectaculaires. A côté de son lob contre le Barça, les ailes de pigeon ou autres reprises de volée du suédois contre la Fio ou Lecce font bien pâle figure dans le cœur des rossoneri.

En 1991, l’année de la Coupe d’Europe, il finit deuxième pour le Ballon d’Or, derrière Papin. C’est d’ailleurs aux côtés du français qu’il débarque à Milanello.

Souhaité par Berlusconi et non par Capello, qui n’a que faire d’un nouveau fantaisiste,  il ne joue que 10 matchs et attend six mois avant de faire trembler les filets de San Siro. Il est même exclu du groupe qui va à Munich disputer la finale de la Ligue des Champions 93 et ne fera pas partie des hommes emmenés par Don Fabio au Japon pour l’Intercontinentale. Après le départ du trio Hollandais (Van Basten pour blessure, Gullit à la Samp, Rijkaard à l’Ajax), Capello installe un 4-4-2 hyper défensif : 34 matchs, 36 buts marqués et seulement 15 encaissés… Mais heureusement, Il Genio a le soutien de son président, et il participe grandement au doublé de 1994.

Car Savicevic, c’est ce genre de joueur qui restera dans l’Histoire grâce à un coup de génie lors d’un match inoubliable. Si on peut se demander quel aurait été le statut de Zizou s’il n’avait pas mis ses deux coups de tête face au Brésil, cet article n’aurait jamais existé si Savicevic n’avait pas joué la finale de la Ligue des Champions 1994 face à la Dream Team de Cruyff. Baresi et Costacurta suspendus, Capello choisit une formation hyper offensive pour lutter contre la possession barcelonaise. Un peu comme Mourinho et ses quatre attaquants en 2010 avec l’Inter, Fabio souhaite combattre le « mal » par le « mal ». Pendant 90 minutes, Savicevic est magnifique. Ce mélange si harmonieux entre le pur génie yougoslave, la finesse d’un pied gauche fabuleux et la rigueur du football italien du début des années 1990… Une première assist pour ouvrir le score, et puis ce but… Si spontané, si audacieux, son lob sur Zubizarreta est certainement le but avec lequel l’impreditore Silvio Berlusconi s’identifie le plus après 25 annnées passées à la tête des rossoneri.

Les supporters parisiens se souviennent également de leur impuissance face à son doublé lors de la LDC 94-95 en demi. En finale, alors qu’il se déclare apte, il est mis de côté pour « blessure ». L’Ajax de Van Gaal punit l’excès défensif d’un Fabio trop rigide, 1-0.

Après avoir grillé un feu rouge en 2004, Dejan déclare à la police serbe : « Je suis Dieu, ce n’est pas comme si les lois allaient s’appliquer à moi ». L’anti-Zlatan, disait-on ?

Dwight Yorke, The smiling assassin

Un mec qui assassine ton équipe et qui te balance un gros sourire dans la gueule. La terreur de la fin des années 1990 en Europe, venu tout droit de Trinidad-et-Tobago. Un mec adoré par ses fans et insupportable pour ses victimes, qui venait d’un pays que personne ne connaissait, qui avait des qualités athlétiques que personne n’avait jamais vu, et qui gardait toujours ce putain de sourire presque arrogant. Finalement, Usain Bolt n’a rien inventé.

Après avoir fait tremblé les filets 97 fois pour Aston Villa de 1989 à 1998, il gâche son image auprès des fans de Villa en exigeant son départ coûte que coûte. Le manager de l’époque, refusant la vente de son joueur star et espérant un échange avec Andy Cole, aurait même dit qu’il aurait préféré tuer Yorke plutôt que de le voir évoluer sous les ordres de Sir Alex.

Mais Yorke sait ce qu’il veut. Pour sa première saison avec les Red Devils, Yorke atteint un niveau de jeu spectaculaire. C’est la saison du fameux Treble de 1999, tout simplement. Il termine meilleur buteur du championnat (18 buts) et marque en Champions League contre le Bayern, le Barça, l’Inter et la Juve. Solide. Aucun avant-centre n’a réussi une telle première saison à ce niveau jusqu’à Diego Milito en 2010. Son entente avec Andy Cole surprend le monde du football et terrorise les défenses adverses, les deux numéros 9 et 19 contribuant à 53 buts ensemble pour United, dont le fameux « but FIFA » au Camp Nou (link). Après un troisième titre de champion consécutif avec l’équipe composée à l’époque de Schmeichel, Stam, Neville, Blomqvist, Nicky Butt, Scholes, Roy Keane, Beckham, Giggs, Sheringham, Solksjaer et Cole, Dwight réalise qu’il a déjà suffisamment contribué à l’histoire de ManU, et décide de passer un peu plus de temps avec la fameuse Jordan… (il lui fait un enfant aveugle et autiste, puis refuse de le reconnaître jusqu’au test ADN prouvant qu’il est bien le père).

Dwight n’en avait pas tout à fait fini avec le football. Pour sa première saison avec Blackburn où il rejoint Cole, il ramène un semblant de gloire à Edwood Park en marquant 13 buts et qualifiant les Rovers pour l’Europe. Rappelez-vous de cette époque durant laquelle on se mettait à regarder les matchs des Blue and Whites, juste pour revoir certains instants magiques du duo Yorke-Cole.

Yorke ne quittera pas l’Angleterre avant de trahir une deuxième fois Villa en signant à Birmingham City en 2004, puis ira passer quelques belles années en Australie, où il pourra pleinement vivre sa passion pour le cricket.

Bien évidemment, Dwight Yorke est une légende dans son pays. Dès 2001, on y construit un grand stade à son nom. En 2006, il réalise le dernier exploit de sa carrière en qualifiant Trinité-et-Tobago pour la coupe du monde en Allemagne. Un exploit, c’est le cas de le dire. Le comble, c’est qu’il est élu homme du match d’un 0-0 contre la Suède. Assez ironique pour un type dont l’autobiographie s’intitule Born to score.

Jimmy Floyd Hasselbaink

 

Jimmy Floyd

Que ce soit avec les numéros 9, 18 ou 36, Jimmy Floyd Hasselbaink restera gravé dans nos mémoires comme un buteur redoutable à la dégaine unique. Quand un Hollandais noir appelé Jimmy Floyd se pointe en Premier League avec la gueule de Wesley Snipes et le jeu de Georges Weah, le monde du football s’incline.

Pied droit, pied gauche, puissance, vitesse, jeu de tête, conduite de balle. L’avant centre complet par excellence. Hasselbaink pouvait tout faire, et il le faisait avec un style magique.

Après trois saisons au Portugal, JFH débarque à Leeds en 1997. En deux saisons seulement, le Néerlandais s’impose comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de Leeds, finissant meilleur buteur lors de sa seconde campagne. Mais Jimmy Floyd est un mec qui n’a pas le temps. Il refuse une prolongation juteuse et s’en va à Madrid, à l’Atlético. Toujours aussi performant, son séjour en Espagne se termine pourtant sur une note dramatique. Malgré ses 24 buts en Liga (32 toutes compétitions confondues), Jimmy Floyd manque un penalty lors du dernier quart d’heure de l’avant-dernière journée (match décisif contre le concurrent direct Oviedo), provoquant la descente al infierno en deuxième division des Colchoneros… Quelques semaines après, il est incapable d’apaiser la douleur terrible des Rojiblancos et ne peut empêcher la défaite de l’Atlético en Coupe du Roi contre le FC Valence de Cuper.

JFH rebondit à Londres, où Chelsea fait sa première folie en cassant le record du transfert le plus cher de l’histoire du club : 15 millions de livres. Parti meilleur buteur de Premier League un an plus tôt, JFH revient en patron et récupère son titre dès sa première saison Blue en 2000-2001 (23 buts). La paire qu’il forme avec Eidur Gudjohnsen est lethal. C’est le Chelsea de Ranieri, celui de l’époque des Le Saux, Babayaro, Desailly, Zenden, Melchiot, Petit, Zola, Gronkjaer, et déjà Lampard et Terry. Dans cette équipe qui a de la gueule, le old school Chelsea, Jimmy Floyd est le buteur, la star, le numéro 9. Pour les Blues, Hasselbaink devient une légende. A l’époque, le répondant de Henry à Arsenal, de Van Nistelrooy à Manchester et de Michael Owen à Liverpool a la gueule de Wesley Snipes et le passeport de Van Basten. Didier comment, déjà ?

Après l’arrivée des Mutu, Crespo et surtout de Roman, il quitte (gratuitement) les Blues pour Middlesbrough, passant d’un extrême à l’autre du football anglais… De South Kensington au Bloody North, JFH démontre qu’il sait s’adapter à n’importe quelle situation. Pour sa deuxième saison, il atteint même une finale historique en Coupe de l’UEFA (perdue 4-0 contre Séville…).

Né au Suriname, Jimmy Floyd joue pour les Pays-Bas. Comme Bergkamp, Kluivert, Van Nistelrooy ou encore Makaay à cette époque. Autant dire que Jimmy Floyd ne joue pas beaucoup. 23 matchs pour 9 buts, et une participation au Mondial 98, avec la génération dorée qui perd (tristement) en demi aux tirs aux buts contre le Brésil.

Merci aux parents de Jimmy Floyd d’avoir eu le génie de mêler ces deux prénoms, et à JFH lui-même pour avoir su être à la hauteur de son blase, dégageant tout autant de style que de puissance au cours d’une carrière que l’on refuse d’oublier.

Markus

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