Les Oubliés : Pagliuca, Careca et Valderrama

Dans cette rubrique, retrouvez chaque mercredi le portrait et les meilleures vidéos de trois joueurs plus ou moins oubliés qui ont pourtant marqué leur époque.

Cette semaine : Antonio Careca, Gianluca Pagliuca et Carlos Valderrama.


Antonio Careca, le magicien

 

Magica, magique en italien. Ou plus précisément Ma-Gi-Ca. Ainsi la Gazzetta dello Sport appelait le trio offensif du Napoli des années 80′ : Ma pour Diego Maradona bien sûr, Gi pour Bruno Giordano et Ca pour Antonio Careca.

Natif d’Araraquara, Brésil, Careca avait un flair pour le but hors du commun: ses 242 buts toutes compétitions confondues sont la preuve qu’il n’était pas tout à fait un attaquant comme les autres. Doté d’un grand sang-froid, il se révèle à la planète football lors du Mondial 1986, où il termine deuxième meilleur buteur de la compétition juste derrière l’anglais Gary Lineker. Il impressionne les plus grands clubs européens, et c’est finalement Corrado Ferlaino, président du Napoli de l’époque, qui l’achète aux enchères afin de l’aligner aux côtés de Diego et Giordano. A Naples, grâce à son entente avec le Pibe de Oro, il rejoint le sommet de sa carrière et plante 73 buts en 164 rencontres officielles. Il gagne la coupe de l’UEFA 1989, premier trophée international du club, mais surtout le deuxième scudetto de l’histoire du Napoli en 1990 en coiffant le monstrueux Milan d’Arrigo Sacchi et des trois hollandais (Gullit, Rijkaard, Van Basten). Avec ses 10 buts et 8 passes décisives en à peine 22 matchs, il joue un rôle décisif dans la conquête du deuxième sacre napolitain.

Accueilli avec scepticisme, les tifosi tombent finalement follement amoureux de lui lorsqu’il marque le but du 3-1 contre Stuttgart en finale de Coupe de l’UEFA. Après Diego, Careca devient sans aucun doute le joueur le plus adulé par les supporters qui lui dédient même un chant personnel qui exalte sa capacité de frappe “Ue’ Care’ Care’ Care’, tira la bomba, tira la bomba” (Vas y Careca, balance ton missile). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il marque plus de 40 de ses buts avec des tirs d’en dehors de la surface de réparation.

Il continue sa belle carrière dans des championnats mineurs, au Japon avec le mystérieux Kashiwa Reysol et finit en beauté en allant jouer pour un colosse du football Sud-américain : le Santos. Une digne fin pour un joueur extraordinaire mais qui n’a jamais joui de la reconnaissance dont il mérite. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les napolitains ne l’oublieront pas…

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Gianluca Pagliuca, le romantique

Petite info pour donner le ton : avec 592 matchs en Serie A, Gianluca Pagliuca est le gardien ayant disputé le plus de rencontres en première division italienne. Même les monstres sacrés de ce poste tels Dino Zoff, Walter Zenga ou Enrico Albertosi doivent se plier face à ce record monstrueux du portier bolognais.

Son parcours professionnel débute à la Sampdoria de Gênes, sous les ordres de l’excentrique entraîneur serbe Vujadin Boskov qui lui fait tout de suite confiance, en le nommant titulaire dès sa deuxième année au club, alors qu’il n’a que 22 ans. Gianluca justifie la confiance accordée par son coach en devenant l’un des meilleurs gardiens du championnat italien, avec l’intériste Zenga et le juventin Tacconi. Ses excellentes performances lui permettent d’être sélectionné  comme troisième gardien de la Squadra qui dispute le Mondial 1990 à la maison. Mais le tournant de sa carrière a lieu quelques mois plus tard, en 1991.  Avec Pietro Vierchowod, Giuseppe Dossena, Roberto Mancini et Gianluca Vialli, il forme la colonne vertébrale de la Sampdoria qui devient pour la première fois de son histoire championne d’Italie. Leader indiscutable d’une défense qui n’encaisse que 24 buts en 34 matchs, Pagliuca réussit à convaincre même ses détracteurs les plus féroces. Il obtient sa consécration internationale l’année d’après, mais de la plus triste des manières. Sa Sampdoria, au bout d’un parcours incroyable, perd en finale de C1 contre le grand Barça de Cruyff sur un coup franc de Koeman à la 112ème minute des prolongations. Ironie du sort, sur le but du néerlandais, Pagliuca commet une de ses très rares erreurs en prenant la frappe sur son propre poteau…

Outre le nombre de rencontres jouées en Serie A, Gianluca détient un autre record significatif, mais beaucoup moins glorieux. 1994 World Cup aux States : lors du match de poule contre la Norvège, Pagliuca devient le premier gardien à être expulsé en Coupe du Monde. Malgré cela, il réalise un Mondial extraordinaire et se montre décisif tout au long de la compétition, notamment en quarts contre l’Espagne. En finale, il est protagoniste d’une des images fortes du football italien, à jamais gravée dans les esprits des tifosi. Suite à une frappe de Romario qui échoue sur le montant droit de ses cages, Pagliuca se lève doucement, pousse un gros ouf de soulagement et embrasse son poteau, en guise de remerciement pour l’avoir sauvé. Quel romantique. Malheureusement, cela ne suffira pas pour éviter la défaite italienne face à la Seleçao lors de la première finale de Coupe du Monde se terminant aux tirs aux buts. L’erreur de Roberto Baggio mettra fin aux rêves de gloire de Pagliuca et de 60 millions d’italiens.

Au début de la saison 1994/1995, le portier bolognais dit adieu à sa Samp adorée pour tenter sa chance à l’Inter. Il hérite d’un lourd fardeau, puisqu’il succède à l’inimitable Uomo Ragno Walter Zenga, mais en quelques mois  il arrive à s’imposer à San Siro et à gagner le respect de ses coéquipiers et des tifosi. Malgré un maigre palmarès avec les nerazzurri, l’absence de Beppe Bergomi lors de la finale de C3 en 1998 (Inter-Lazio 3-0), lui permet de soulever le trophée  en tant que capitaine de l’équipe et d’entrer dans le cœur des supporters intéristes.

Encore titulaire lors de France 98, Pagliuca sort un autre mondial solide et sans bavures. Mais encore une fois, la Squadra se fait sortir aux penaltys, cette fois-ci par la France. Il prend sa retraite internationale le jour après l’élimination italienne, laissant la place à l’essor d’un certain Gigi Buffon. En 1999, il quitte aussi l’Inter et, romantique comme il est, décide d’aller jouer le maintien dans l’équipe de sa ville, le Bologna. En 2007, après une dernière saison à Ascoli il prend définitivement sa retraite et se met à commenter la Serie A sur Mediaset Premium.

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Carlos Valderrama, le patriote

Le colombien fait partie d’une catégorie de joueurs très précise, une catégorie dont FT a déjà parlé lors de son hommage à Davor Suker ou encore à Gazza :  « les patriotes ». Les footballeurs appartenant à cette classe se distinguent par une carrière en équipe nationale sensationnelle, à travers laquelle ils ont forgé leur mythe. Puisqu’ils sont rappelés grâce à leurs performances internationales, ils font souvent l’unanimité au sein de leur pays, peu importe les maillots qu’ils ont revêtus. Valderrama, qui a effectué un parcours en club relativement modeste (en Europe il n’a joué qu’à Montpellier et à Valladolid), ne déroge pas à cette règle. Sur un sondage apparu récemment sur le quotidien « El Tiempo » de Bogotà, Carlos est la personnalité la plus aimée par les colombiens.

Il débute sa longue carrière en 1981 à l’Union Magdalena, en première division colombienne. Le talent n’a pas d’âge et dès ses 20 ans, il exhibe ses qualités : une vision de jeu superbe accompagnée d’une précision millimétrique dans ses passes. Encore aujourd’hui, plusieurs représentants du monde du football lui reprochent sa lenteur qui lui a empêché de faire parties des légendes de ce sport. Peut-être, mais cette nonchalance faisait partie du personnage et on ne l’aurait échangée pour rien au monde. Tout comme ses cheveux magnifiques. Un look grandiose.

Pas besoin de s’attarder sur sa carrière en club, décevante vu son potentiel (dans l’ordre il joué à l’Union, aux Milonarios, au Deportivo Cali, à Montpellier, à Valladolid, à l’Atletico Junior, pour ensuite finir en MLS). Par contre, il est le leader technique et « spirituel » de la sélection colombienne la plus sexy de tous les temps, celle à cheval entre la fin des années 80’ jusqu’à France 98. Grâce à son charisme, la Colombie se qualifie sans difficultés à trois coupes du monde de suite et effleure même les quarts de finale en 1990 (défaite 2-1 contre le Cameroun de Milla à cause de l’énorme bourde d’un autre grand colombien, le gardien René Higuita). Mais mis à part les résultats, c’est une équipe divertissante, imprévisible, capable du pire comme du meilleur, qui reposait sur le talent de Carlos. 111 sélections et que 11 buts, mais une infinité de coups de génies qui l’ont rendu immortel.

Son palmarès est bien maigre, mais il peut quand même se vanter d’avoir remporté deux trophées du meilleur joueur d’Amérique du Sud d’abord en 1987, suite à une Copa America magique où il emmène la Colombie en demi, puis en 1993. Au bout du compte, Valderrama reste sans aucun doute l’un des personnages les plus charismatiques et techniques du panorama mondial et c’est pour cela que FT ne finira jamais de le remercier.

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Ruggero

2 réflexions sur “ Les Oubliés : Pagliuca, Careca et Valderrama ”

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