Où en est Manchester City : Blue Moon rising?

Tout comme les grandes institutions internationales réalisent des « Stress Test » pour vérifier la fiabilité des banques, FT effectue ce même type d’opération sur le Manchester City de Mancini afin de répondre objectivement à la question suivante : City peut-il être considéré un grand club ? Réponse au niveau de la technique, de la comm’, de l’image et de l’histoire.

 

Step numéro 1 : Revue de l’effectif.

Depuis son arrivée à Manchester, l’Abu Dhabi United Group for Development and Investment a dépensé près de 600 millions d’euros dans l’achat de joueurs. Tout comme Leonardo pour Paris, l’objectif est double : vendre du rêve aux tifosi et construire une équipe qui puisse triompher en Angleterre comme en Europe. Les dirigeants de City ont décidé de parier sur un profil de joueur très précis. Un footballeur avec des qualités techniques hors du commun, relativement jeune, ambitieux et surtout qui doit encore s’affirmer définitivement sur la scène internationale. En quelques mots, un type de joueur qui épouse parfaitement l’audacieux projet des propriétaires émirats. Les arrivées de Dzeko, Agüero, Nasri, Tevez, Silva, Yaya Touré et Kolarov répondent toutes à ces critères. Mancini se retrouve donc avec un effectif monstrueux qui n’a presque rien à envier aux ogres européens. Peu d’équipes peuvent se permettre de garder des talents tel Balotelli, Adam Johnson ou encore Carlitos Tevez sur le banc. Toute grande équipe mérite un grand gardien et Mancini peut compter sur les services du starting keeper de la sélection anglaise. Certes, cette considération n’est pas une assurance tout risque. Robert Green, Scott Carson ou David James ont tous tenu ce rôle récemment sans pour autant respirer la sérénité dans leurs clubs respectifs. Mais Joe Hart est d’une autre planète, le genre de gardien pas toujours spectaculaire mais qui commet que très rarement des erreurs qui coûtent des points. Devant lui, une défense solide et équilibrée, avec deux arrières latéraux offensifs (Clichy et Kolarov) et deux autres plutôt défensifs en la personne de Micah Richards et Pablo Zabaleta. Vincent Kompany, nouveau capitaine des Citizens, et Jolean Lescott forment la paire de défenseurs centraux titulaires. Solide. Le milieu de terrain alterne le physique des Touré et De Jong, la justesse de Barry et Milner et bien sûr la classe de Silva et Nasri. Devant, c’est l’abondance : El Kùn, Dzeko, Balotelli, Tevez seraient tous titulaires dans la plupart des grands clubs européens. L’effectif des Citizens, équilibré et abondant, est sans doute au niveau de l’élite européenne.



Step numéro 2 : La communication.

Niveau Comm’, City se comporte déjà comme un grand club. Les dirigeants ont eu l’intelligence de bien soigner l’image des citizens, afin de trouver le juste équilibre entre les racines purement British de l’organisation et sa vocation internationale, son désir d’accroître sa popularité auprès des fans du monde entier. Cette politique est bien visible dans les choix des dirigeants. City est l’exemple parfait du nouveau club globalisé (son propriétaire et son sponsor sont des Emirats Arabes Unis, son manager est italien) ayant des ambitions mondiales, mais à cela il a rajouté une façade very very English et fidèle à l’histoire du club. En effet, le sponsor technique est Umbro, une marque appartenant à Nike, mais qui a été fondée près de Manchester (à Cheadle précisément) en 1924 et qui retient toute son identité anglaise. On murmure qu’Adidas avait pourtant fait une offre à Mansour pour sponsoriser les maillots, mais le propriétaire a voulu privilièger l’aspect mancunien de Umbro plutôt que l’appeal de la marque aux trois bandes. Le nom officiel du stade des Citizens est le Etihad Stadium, pourtant, afin de ne pas rompre si brutalement avec l’histoire du club, tout le monde continue à l’appeler le City of Manchester Stadium (au contraire de l’Emirates, qui s’appellent au départ Ashborton Grove)

En accord avec la politique de son président, dès son arrivée en Décembre 2009, Roberto Mancini a déclaré qu’il était essentiel d’avoir un maximum de joueurs anglais dans l’effectif afin de conserver l’identité du club. Afin de ne pas s’éloigner des supporters qui viennent au stade tous les weekends. C’est la raison pour laquelle on remarque la présence de 5 titulaires anglais plus ou moins inamovibles qui donnent une âme anglaise à l’équipe : Joe Hart, Micah Richards, Jolean Lescott, James Milner et Gareth Barry (pour ne pas parler de Adam Johnson, Owen Hargreaves, Stuart Taylor et Nedum Onuoha sur le banc). Des joueurs qui sont souvent appelés par Fabio Capello pour défendre les couleurs de la sélection des trois lions.

De plus, Mansour et son staff ont aussi eu l’excellente idée d’utiliser un deuxième maillot qui rappelle les couleurs historiques du club, le rouge et le noir (on dit que City commença à utiliser le Sky Blue qu’à partir de 1892). Un maillot que le club utilisait lors de sa (bien seule) période d’or, à cheval entre la fin des années 60′ et le début des années 70′, ponctuée par leur unique triomphe international, une Coupe des Coupes. Ah ouais et devinez qui a été appelé pour la pub du nouveau home shirt? Liam Gallagher, ex-chanteur des Oasis, supporter historique des Citizens et “vrai mancunien” (il est né à Burnage, quartier populaire de la ville). Un superbe coup de génie qui permet aux supporters de longue date de revendiquer fièrement les origines anglaises de leur équipe. Les dirigeants ont donc trouvé le parfait équilibre pour remplir leur double objectif : élargir la fan base de City, tout en flattant l’identité des supporters historiques du club.

Liam lookin’ good

Step numéro 3 : L’image.

Un élément essentiel qui distingue les grands clubs du lot est la peur qu’ils inspirent à leurs adversaires : la crainte, la terreur de l’humiliation s’empare d’eux, et elle se transforme sur le terrain en une tactique prudente et défensive. L’important est de limiter les dégâts. Or, City semble enfin provoquer cette inquiétude chez les “petits” clubsAlors qu’il y a quelques années (rappelez vous le sombre début des années 2000!) les Wigan, WBA ou Sunderland venaient au City of Manchester Stadium (ou jusqu’en 2004 au Maine Road) avec l’ambition de ramener les trois points, depuis quelques saisons leur objectif est d’arracher le match nul. Surtout, les Citizens ont aussi gagné le respect des plus grandes équipes anglaises et européennes. La preuve? Dans la conférence d’avant match du Community Shield, Ferguson déclare que “l’autre club de Manchester” risque sérieusement d’être le concurrent le plus dangereux dans la course au titre. Et Sir Alex a rarement tort. Depuis la défaite de United contre son cousin en demi-finale de la Cup, le manager écossais a définitivement changé le regard qu’il portait sur son rival. Ainsi, lors du tirage au sort des poules de la Ligue des Champions, City était considéré à l’unanimité comme l’équipe à éviter. Il suffit de voir l’expression de Ribéry lorsqu’il découvre que le Bayern affrontera les mancuniens pour comprendre le nouveau statut de Manchester City. En Angleterre comme en Europe, les Citizens sont craints.

Step numéro 4: le Manager

 Toute grande équipe se construit autour d’un grand manager. Roberto Mancini l’est, il a l’étoffe pour diriger un club si ambitieux comme City. C’est un gagnant né, un mec qui suite à la victoire écrasante de son équipe contre Wigan il y a quelques semaines (3-0, triplé d’Agüero), se présente devant les caméras pour se plaindre du manque de réalisme de ses attaquants. Cette hargne, ce culte de la victoire, ce perfectionnisme, il est en train de l’inculquer au club. Dès son arrivée, il a révolutionné le modus operandi au sein de l’équipe, introduisant un code de conduite à respecter sous peine d’amendes ou d’exclusion du 11 titulaire. Les doubles sessions d’entraînements, une le matin, une l’après midi, sont devenues la règle et non pas l’exception, alors que la préparation physique est bien plus dure qu’elle ne l’était dans le passé, notamment avec Hughes. D’une certaine façon, Mancini a “professionalisé” le club, il l’a préparé à devenir un club qui lutte pour des grands objectifs. Bien sûr, comme on pouvait s’y attendre, sa révolution a été durement contestée par les cadres de l’équipe et idoles de la foule mécontents des nouvelles méthodes de l’entraîneur : Carlos Tevez et Craig Bellamy. Roberto a réglé le problème Tevez en le reléguant sur le banc pour une courte période de la saison dernière et a envoyé Craig chez lui, en prêt à Cardiff. Juste pour faire comprendre who the fuck is the boss. Alors oui, il s’est mis une bonne partie de l’effectif et le public sur le dos mais une fois les résultats arrivés, il a gagné en légitimité et a convaincu tout le monde que si City voulait enfin gagner quelquechose il fallait travailler selon la méthode Mancini. Un an plus tard, il gagne la FA Cup et ces mêmes tifosi qui le contestait au début de son aventure, lui dédient un chant: Mancini, oh oh, Mancini, oh,oh, oh, He comes from Italy to manage Man City!”. Alors qu’il jouait à la Samp sous les ordre de Boskov, Roberto a déjà largement contribué à l’explosion d’une équipe moyenne en une écurie capable de gagner la Serie A et arriver en finale de C1 (à Wembley contre le Barça en 1992). Il est très probable qu’il réussise le même coup de magie à Manchester.

La grinta de Roberto

Néanmoins, il manque encore quelquechose, ces quelques détails importants pour que City soit considéré à part entière comme un grand club.

Problème numéro un, la non-habitude à gagner, un certain manque d’expérience qui pourrait se révéler crucial. SeulsYaya Touré, Mario Balotelli, Carlos Tevez et David Silva ont gagné un trophée international. De plus, l’effectif de City est relativement jeune, avec une moyenne d’âge inférieure à 26 ans. Les cadres de l’équipe ont tous moins de 30 ans. Kompany, nouveau capitaine, en a à peine 25. Vous allez dire, ce n’est pas un problème, United ou le Barça dominent l’Europe tout en jouant avec des footballeurs jeunes et ambitieux. La différence est que pour ce genre de club, la victoire est dans leur ADN. Ils sont habitués à triompher, et la structure même du club aide les nouveaux arrivés à comprendre ce qu’est gagner. Les anciennes légendes du club transmettent leur savoir, les supporters sont plus exigeants, les “vieux” à la Ryan Giggs ou Puyol donnent l’exemple à suivre pour atteindre les résultats espérés. Les nouveaux sont encadrés à tout moment. C’est simple, à Old Trafford, au Camp Nou, à San Siro, on respire la victoire, la grandeur. Or, au City of Manchester Stadium ce n’est pas le cas. Il n’y a pas autour de City l’aura d’un passé triomphal. C’est donc naturellement beaucoup plus difficile pour des jeunes joueurs qui doivent encore exploser sur la scène internationale de comprendre les sacrifices qu’ils doivent faire pour gagner. L’attittude qu’ils doivent avoir sur le terrain dans certaines conditions de jeu. Le Community Shield symbolise à la perfection cette limite de City. A 2-0 à la mi-temps après avoir dominé les 45 premières minutes de jeu, le onze de Mancini se devait de remporter le trophée contre son grand rival United. Pour une grande équipe, c’est inacceptable d’encaisser 3 buts en deuxième mi-temps , dont un à la 94ème minute, et de se faire piquer ainsi le premier trophée de la saison. Vous pensez que l’inverse aurait été possible? Vous pensez que si United gagnait 2-0 à la pause, les Red Devils auraient laissé échapper le Community Shield? A vous de répondre.



Ce problème est directement lié à l’histoire de City, qui ne peut se reposer sur un passé glorieux, une période d’or, une victoire mémorable ou sur des joueurs mythiques ayant porté le maillot. Attention, il y a plusieurs événements curieux depuis la fondation du club en 1880 qui ont contribué à l’unicité et au charme des Citizens. Par exemple, la finale de FA Cup de 1956, gagnée 3-1 contre Birmigham, rendue inoubliable par le goal mancunien Trautmann qui continua à jouer malgré s’être littéralement brisé le cou. Le triomphe en Coupe des Coupes 1969/1970 après avoir éliminé le Shalke 04 en demi-finale. Ou encore l’ hymne des supporters “Blue Moon”, incroyablement touchant. Mais l’histoire de City n’est pas encore à la hauteur d’un grand club. Les personalités les plus représentatives des Citizens, telles Joe Mercer ou Colin Bell, sont peu (pas) connus. Pourtant, ils sont insérés dans The Official hall of fame du club. Leur âge d’or dura à peine 3 ans de 1967 à 1970 avec la victoire d’un seul trophée international, caché par le triomphe en C1 en 1968 de son grand rival United. Manchester City est en train d’écrire son histoire maintenant, mais ne pas pouvoir compter sur un passé glorieux, qui puisse transmettre des valeurs importantes, est une limite considérable.


Manchester City avec « sa » C2 gagnée en 1970.

Quelques lignes aussi sur la difficulté de City à gérer ses problèmes internes. Tout grand club doit bien sûr faire face à des tensions dans le vestiaire ou entre dirigeants (exemple numéro un : Mourinho et Valdano), mais c’est quand même frappant de voir le nombre de soucis qu’a dû affronter Manchester City depuis le début cette année. Commençons par l’affaire Garry Cook, devenu le dirigeant phare de l’équipe dès son arrivée en 2008, qui a demissioné il y a seulement quelques semaines. La cause? On dit qu’il aurait envoyé plusieurs mails injurieux se moquant du cancer de la mère de Onuoha. Pas très classe et sûrement pas la rhétorique voulue par un soi disant grand club. Ensuite, l’affaire Tevez tourmente le sommeil de Mancini, et vient de prendre un nouveau virage ce mardi suite à la défaite contre le Bayern. D’après Roberto, l’Apache, mécontent d’avoir encore une fois été exclu du onze titulaire. a refusé de s’échauffer et d’entrer sur le terrain. Le coach italien a déclaré ensuite que Tevez is finished at City”Ajoutez à cela le mécontentement de Dzeko pour avoir été remplacé à l’Allianz Arena, le doping de Kolo Touré et les infinis caprices de l’éternel Bad BoyBalotelli, et vous aurez un vestiaire qui semble être encore assez instable et divisé. Peut être un symbole du manque de maturité d’un club qui se retrouve tout d’un coup à devoir lutter pour les plus grands trophées anglais et européens suite à un siècle de disette.

 

Voilà, la réponse proposée par FT est simple. City a tout pour devenir, d’ici quelques années, un grand club européen. Sa puissance financière illimitée, son projet ambitieux et sa comm’ attireront sans aucun doute les plus grands joueurs du continent. Mais comme d’habitude dans le football, seulement les victoires et les moments magiques pourront certifier la montée de Manchester City dans l’élite du football européen. Seulement quand les Citizens pourront se vanter d’avoir fait vibré toute l’Europe et d’avoir offert des émotions inoubliables à tous les fanatiques de ce sport, la communauté footballistique définira Manchester City (enfin) comme un “grand club”.



Ruggero

2 réflexions sur “ Où en est Manchester City : Blue Moon rising? ”

  1. Bravo Ruggero, une analyse différente des critiques classiques et idéologiques de City. Très bon article…jusqu'à la 3e marche. Si Mancini est un "un gagnant né", alors même Domenech et Ranieri sont des winners! Sérieusement, vous imaginez le Mou ou Luis Fernandez vouloir démissionner de leur équipe après une défaite en quarts de finale de la champions face à Liverpool? Un peu comme si le mec décidait d'arrêter de jouer après s'être pris 2 buts… Et puis, c'est bien beau de vendre du rêve aux supporters sur le papier, mais il n'empêche que l'an dernier les Citizens étaient l'équipe la plus chiante à regarder de toute la premier league. Un truc à vous faire passer Fulham pour du juego bonito… Bon, ce n'est plus vrai cette année, mais çà fait quand meme tâche sur le CV de Bobo Mancini, qui possède à mes yeux le profil parfait de l'entraîneur gâté qui n'a jamais pris de risque et surfe sur son image d'ancien joueur. Pour combien de temps encore?Sasha

  2. Merci Sasha pour tes compliments.Enc e qui concerne Mancini, oui j'ai remarqué qu'il y a beaucoup de scepticisme autour de lui en France, on a reçu plusieurs message de français pas convaincus par le point numéro 4…Mais nous on persiste et on signe, Mancini est un gagnant né, un excellent entraîneur qui a toujours réussi dans les équipes qu'il a coaché et qui a toujours gagné…Avec la Fiorentina, une coupe d'Italie, un exploit pour un club qui sera relégué à peine 9 mois après, ça situe le niveau de l'effectif. Avec la Lazio une autre Coupe d'Italie et deux excellents championnats (4ème et 6ème place), malgré les enormes difficulté économiques du club qui vendait tous ses stars (Nesta, Crespo, Stam…). Rappelons qu'il devait se contenter de Corradi comme avant-centre…A l'Inter il a crée une machine de guerre, imbattable (18 victoires d'affilée) en Italie. Alors oui, la concurrence était amoindrie, les nerazzurri étaient au dessus du lot, mais ganger n'est jamais facile, fallait le faire et il l'a fait. En C1, mini flop mais bon il s'est fait éliminer par Valence sans perdre un match et par Liverpool, pas un club quelconque, pas un Shalke 04 pour te donner un exemple…La conférence de presse dont tu parles je l'ai toujours interprétée non pas comme une occasion pour chialer, mais comme un message à Moratti qu'il voulait partir, que son cycle était fini. Il avait raison d'ailleurs.Mais depuis qu'il est à City, je le trouve super. Toujours juste et rationnel dans ses interviews, disciplinaire, caractère fort pour gérer les égos, le perfectionnisme qu'il a lorsqu'il s'habille reflète celui qu'il met dans son boulot, il n'est jamais content. Et c'est comme ça qu'on reconnait un gagnant.On en reparle en Mai, Ok?Ruggero

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