Rome sera à ses pieds


Malgré des débuts poussifs, FT conserve une confiance aveugle en la réussite de Luis Enrique à Rome. Voilà pourquoi.

Jeudi 25 août 2011, Stadio Olimpico, Roma-Slovan Bratislava, match retour du tour préliminaire d’Europa League. 73ème minute: Luis Enrique remplace l’intouchable Francesco Totti par le jeune Stefano Okaka Chuka et se fait huer par les 50.000 romanistes venus assister au match.8 minutes plus tard, Stepanosky marque pour les Slovaques, neutralisant le but initial de Perrotta et élimine  les joueurs stupéfaits de la Louve. Cet épisode met définitivement fin à l’enthousiasme qui régnait à Rome suite à l’arrivée de Luis Enrique. En un mois et demi de travail, l’ex joueur du Barça a perdu en match amical 3-0 contre Valence et le PSG, s’est fait éliminer de l’Europa League par les modestes (pour ne pas dire nuls) slovaques du Slovan Bratislava et a rompu avec Borriello et Totti. Mais surtout, il a déjà perdu l’énorme capital confiance que lui avait accordé le public romain à son arrivée. Un public désormais enragé contre le coach ibèrique, coupable d’avoir oser remplacer le numéro 10. Pas glorieux. Welcome to Rome petit.

Rome est en effet un royaume difficile, où “Il Capitano” est souvent plus grand que l’équipe. Adulé comme un Dieu, Francesco Totti, malgré sa classe cristalline, a récemment été plus un problème qu’un atout pour les entraîneurs qui ont dirigé les joueurs de la capitale. Ne pas faire jouer Totti est considéré un crime contre l’humanité par les ultras romanistes, qui ont réitéré leur amour inconditionnel à leur gladiateur. A sa sortie, le chant “c’e solo un capitano, un capitano” résonnait dans les travées de l’Olimpico comme une menace à Luis. Or, l’histoire enseigne que se mettre à dos le public romain est souvent synonyme d’ échec imminent. Demandez à Ranieri, critiqué violemment l’année dernière pour ses nombreuses non-titularisations du Pupone et qui a finalement demissioné à cause  »d’incompréhensions dans le vestiaire et avec les tifosi”. Travailler calmement et efficacement avec la pression du public sur les épaules est chose impossible à Rome….


Récapitulons: lourdes défaites en matchs amicaux, élimination en Europa League, tensions avec les supporters… Tout va mal pour le coach asturien. Certains piliers du vestiaire semblent même avoir du mal à l’accepter comme en témoigne l’ interview d’après match de Burdisso qui a lancé une petite claque à son coach en déclarant: “J ai été surpris par la sortie de Francesco. Je n’ai pas compris le choix du Mister mais je le respecte.”. Pourtant, pourtant, il y a plusieurs indices qui pourraient indiquer que Luis Enrique est sur la bonne voie, et qu’il a le profil juste pour entraîner dans une ville si difficile comme la Ville Éternelle.

En remplaçant Totti, “le futur meilleur entraîneur au monde” selon Pep Guardiola, a montré un caractère et une personnalité de fer. Le changement de Totti doit être analysé non pas comme un choix tactique ayant pour but de gagner le match en question, mais comme une action politique au sein du club pour clamer haut et fort que le patron, c’est lui, Luis Enrique. Une décision prise pour rendre Totti humain, comme les autres, parce que a 35 ans, la Roma ne peut plus dépendre de son capitaine pour espérer gagner chaque match, mais doit faire appel à l’ensemble de son effectif. C’est le message de Kike, un message juste, rationnel, sensé. Totti était de loin le meilleur joueur sur le terrain, mais même il Capitano devra se plier aux besoins de l’équipe, c’est cette voie que doit entreprendre la Roma pour réussir. Chapeau Luis, enfin quelqu’un qui (depuis Capello) semble avoir la personnalité pour être plus grand que Dieu Francesco. Au diable l’Europa League, mieux vaut se faire éliminer mais fixer clairement les règles du jeu que viceversa.

Niveau jeu il y a aussi de nombreux points positifs. Plusieurs nouvelles recrues semblent avoir le niveau pour lancer le projet signé DiBenedetto, nouveau propriétaire américain. José Angel, le latéral défensif en provenance de Gijon, a impressionné (note 7 sur la Gazzetta). Solide défensivement, il a même par deux fois effleuré le but suite à ses nombreuses descentes dans le couloir gauche. Bojan (4,5, toujours sur la Gazzetta) se troue sur deux énormes occasions, mais a aussi montré qu’il possède des qualités que très peu de joueurs de Serie A peuvent se vanter d’avoir. Rapide, technique et intelligent, il doit juste améliorer sa finition. Et, à 21 ans, c’est une bonne base sur laquelle travailler. Luis Enrique a aussi inséré de manière assidue dans le 11 titulaire deux jeunots de la Primavera, Caprari et Viviani, excellents lors des matchs amicaux et d’Europa League. La performance de Viviani notamment a tapé dans l’oeil. A tout juste 19 ans, il a dirigé le milieu de terrain avec un calme et une intelligence d’un vétéran de 33 ans.

Mais surtout, mis à part les individualités, cette Roma est en train de se créer son propre  style de jeu et une identité à soi. Inspirée de Barcelone certes, mais adaptée aux convictions tactiques de Luis Enrique. Les deux arrières latéraux très offensifs amènent constamment le danger sur les ailes. Le milieu défensif (Viviani lors de la double confrontation contre le Slovan)  recule au niveau des  défenseurs centraux pour demander le ballon, diriger le jeu et protéger la défense lorsque les arrières latéraux montent. Enfin, les trois attaquants bénéficient d’une grande liberté de mouvement. Un style de jeu sûrement pas révolutionnaire, mais précis, clair et bien appliqué.  La Roma semble avoir une certaine logique et rationnalité lorsqu’elle entre sur le terrain, ce qui n’a pas toujours été le cas la saison dernière avec Ranieri ou Montella. Il manque encore cette pointe de sang froid devant les buts et une plus grande rigueur défensive. Mais ça arrivera. Luis Enrique, malgré son style vestimentaire plus que discutable sur le banc (polo noir cheum, jogging blanc en mode Saint Denis, voir photo ci-dessous), inspire une confiance qu’on ne voyait pas du côté du Tibre depuis Capello et le scudetto 2001. Si la Roma veut recommencer à se battre pour le Scudetto, elle doit impérativement arrêter de déifier Totti et suivre la confiance aveugle qu’accorde DiBenedetto envers son entraîneur. Une fois que les victoires arriveront, Luis Enrique mettra dans sa poche aussi les Ultras de la Curva Sud.




Ruggero

 
 

2 réflexions sur “ Rome sera à ses pieds ”

  1. Excellente analyse, je pense tout à fait la meme chose de mon équipe! Il faut donner confiance à Luis, le projet-Rome est très intéressant, mais il faut du temps… Meme le fait de vouloir trouver des alternatives à Totti, désormais assez vieux meme si encore indispensable pour l'équipe, est positif! La tifoseria romaine, qui est toujours impatiente, devra se calmer et laisser l'entraineur choisir de façon tranquille

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